Oupelay!

ambulance by aouwt openclipart.org/325427

À l’aube de ses 96 ans, ma chère mère est toujours une force de la nature, mais devient de plus en plus chancelante. Des chutes sont en effet observées occasionnellement, découvertes après-coup par des bleus et bosses, inexpliqués par la principale intéressée dont la mémoire vacille elle aussi, qui apparaissent ça et là sur sa tête. Car pour elle, tout va bien, il ne s’est rien passé, elle n’est pas tombée et surtout, elle n’a mal nulle part.

Me voici donc bien peinarde sur mon radeau parcourant les nouvelles de ce beau dimanche matin quand tout à tout : appel de la résidence. Pour ceux qui n’ont pas le grand bonheur de recevoir ce genre d’appel : ça fait le même effet que ceux de l’école quand on est parents. Avant même de décrocher, vous savez que ce ne sera pas une bonne nouvelle et que votre journée sera très probablement légèrement chamboulée. Et effectivement, vous n’avez pas perdu votre flair, c’est bien ça qui vous attend aujourd’hui encore. On m’explique donc que l’aïeule ne s’étant pas présentée au déjeuner dominical, une première en quatre ans, une préposée est allée voir ce qui pouvait bien se passer et l’a découverte dans son lit, passablement ensanglantée, une plaie à la tête. Manifestement, quelque chose s’était produit durant la nuit. La préposée un peu nerveuse voulait ma bénédiction afin d’envoyer la blessée en ambulance pour se faire soigner.

Évidemment, j’ai dit oui. C’était la chose à faire et la meilleure solution pour tout le monde. Et, pour dire la vérité, juste à penser devoir me débattre avec elle pour la convaincre d’aller aux urgences, la caser dans ma bagnole… je remercie le ciel que de gentils ambulanciers soient là pour ça. En plus, je pense (à tort) qu’elle sera prise en charge plus rapidement une fois sur place.

Nous nous rendons donc aux urgences, chacune de notre côté. Il est 10h.

Comme il n’y a pas de civière disponible, elle est stationnée dans un corridor, la mine particulière renfrognée (Veux tu ben me dire qu’est ce que je fais ici? J’ai pas mal nulle part.), les deux charmants ambulanciers (qui m’ont l’air plus jeunes que Fiston) patientant à ses côtés. Je mesure à quel point ils ont l’habitude de cette clientèle un peu particulière et très têtue. Au programme des heures à venir: électrocardiogramme, prise de sang, de tension et scan de la tête.

Bref, dix heures plus tard, comme « tout est beau » et donc que la chute demeure médicalement inexpliquée, Fifille et moi allons récupérer la matriarche, qui s’était déjà habituée à son nouveau logis, terrorisant au passage une infirmière qui lui avait apporté la mauvaise grandeur de serviette.

Ça roule et l’opération « récupérer la mamie » va bon train, le seul hic étant de la hisser dans la voiture, un peu haute sur roues, de Fifille. Toutes les deux, mais surtout elle, on pousse, on pousse, on pousse, tandis que notre colis un peu particulier ne cesse de répéter: « oupelay » en boucle. Je ris plus que je ne pousse. Une chance que Fifille s’est fait des muscles en transportant mon mini 3, Doudou 1er (oui oui, il est né l’an dernier), un véritable colosse.

Une fois rapatriée à domicile, avant de la quitter, on lui demande comment a été sa journée : « Ben ordinaire, belle journée, rien de spécial. »

Quant tu penses qu’il n’y a que des désavantages à perdre la mémoire, tu te trompes. Parce qu’après 10 heures aux urgences, Fifille(33 ans) et moi (60 ans), on en ressort sur les genoux et que l’expérience n’est pas nécessairement ce qu’on appellerait « une belle journée ».

Une réponse sur “Oupelay!”

  1. Ton contrendu est clair,net et précis.
    Edith devient de plus en plus fragile .Heureusement ,les employés sont à l’affût et ont vite signalé le malaise et envoyé Edith à l’hôpital.
    Flavie et toi étiez là pour elle et….pour le moment tout est bien et voilà Edith de retour “chez-elle”
    Bonne journée et à bientôt

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